La voix du libre

Émission de radio sur les logiciels libres

"La voix du libre" est une émission hebdomadaire sur les logiciels libres diffusée chaque mercredi de 19h à 20h sur les ondes de CKIA 88.3 (Québec - Canada).
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Nouvelle du 27 janvier 2010

Contrat informatique à la RRQ - Cyrille Béraud contre les Goliath de ce monde

Cyrille Béraud sait qu’il s’attaque à gros, mais la question de principe est trop importante pour qu’il se laisse intimider par la chose, car les conséquences d’un jugement favorable seraient énormes pour toute l’industrie du logiciel libre. Sa cause : dénoncer la décision de la Régie des rentes du Québec qui a accordé sans appel d’offres un contrat de 722 848 $ à Microsoft Canada.

Et après deux ans d’attente et de batailles contre une brochette d’avocats du gouvernement du Québec et de Microsoft Canada qui ont déposé 25 requêtes en annulation, il verra sa cause enfin entendue en Cour supérieure au début du mois de mars. « Ce qui s’est passé à la RRQ se passe dans tous les ministères québécois. Les grandes corporations ont la mainmise sur tous les contrats informatiques », souligne l’homme d’affaires en entrevue avec RueFrontenac.com.

« Ce que je reproche au gouvernement du Québec, ce n’est pas de ne pas avoir été choisi, c’est de ne pas avoir pu soumettre une offre. C’est le droit de toutes les entreprises québécoises de soumissionner pour des contrats de plus de 25 000 $. On soumet notre offre, et que le meilleur gagne. Mais pour choisir la meilleure solution, il faut les évaluer », tonne Cyrille Béraud.

M. Béraud est le président de Savoir-faire Linux, une entreprise de services informatiques spécialisée dans l’utilisation de logiciels libres. En plus d’être gratuits, les logiciels libres ont des codes sources ouverts qui permettent à ceux qui les installent d’adapter les programmes à leurs besoins et de les modifier au gré de leurs expériences.

À l’opposé, les logiciels propriétaires vendus par les grandes corporations comme Microsoft et Oracle viennent avec une licence d’utilisation. Cette licence permet d’utiliser les programmes comme Word et Excel, mais elle interdit de redistribuer le logiciel ou de le modifier, car le code source n’est pas fourni à celui qui l’achète.

À l’opposé, les logiciels propriétaires vendus par les grandes corporations comme Microsoft et Oracle viennent avec une licence d’utilisation. Cette licence permet d’utiliser les programmes comme Word et Excel, mais elle interdit de redistribuer le logiciel ou de le modifier, car le code source n’est pas fourni à celui qui l’achète.

La goutte qui a fait déborder le vase, c’est un avis d’intention publié le 21 décembre 2007 par la Régie des rentes du Québec pour « procéder à la mise à jour des postes de travail » et dans lequel on indiquait qu’on était sur le point d’octroyer un contrat de plus de 720 000 $ pour migrer sur Microsoft Office et Vista.

« Toute l’année qui a précédé l’octroi de ce contrat, j’ai multiplié les rencontres avec des hauts fonctionnaires. Quand j’ai vu l’avis d’intention, j’ai envoyé des lettres et j’ai rencontré à nouveau des gens pour les convaincre de faire un appel d’offres, mais rien n’a fonctionné. À force de rencontrer des murs, j’ai dit : ça suffit ! , raconte Cyrille Béraud.

« J’ai 47 ans et c’est la première fois de ma vie que je rencontrais un avocat. Je n’ai pas la gâchette facile, mais c’était un cas exemplaire. […] C’est clair que les besoins exprimés de la RRQ étaient de faire migrer les postes de travail de XP à Vista. Mais il y avait des solutions alternatives et je savais que Savoir-faire Linux était capable de réaliser le contrat », croit-t-il.

Comme preuve que l’approche unique d’utilisation de logiciels propriétaires ne fonctionne pas, il cite l’informatisation du dossier santé dans laquelle le ministère de la Santé et des Services sociaux a investi 320 millions de dollars, et les quelque 100 millions de dollars dépensés pour moderniser les systèmes informatiques de la CSST et de la Commission administrative des régimes de retraite.

« C’est une nécessité technologique d’être capable de maîtriser ses codes sources. Le gouvernement bâtit des cathédrales au lieu de bâtir des écosystèmes, et c’est pour cela que ses gros projets informatiques ne fonctionnent pas. […] Nous n’avons rien contre Microsoft, on est partenaires avec eux. Je me bats contre l’État et contre le monopole des grandes corporations. »

M. Béraud ne comprend pas l’entêtement du gouvernement du Québec. Il signale, par exemple, que l’État a acheté pour 20 millions de dollars de licences Microsoft Vista « alors que tout le monde disait qu’il était trop lourd et plein de problèmes et que même le fournisseur lui-même suggérait d’attendre que Windows 7 sorte », signale l’homme d’affaires.

« Même si au final, un gouvernement choisit une grande corporation comme fournisseur, le fait d’être obligé de faire un appel d’offres va faire baisser les prix. C’est ce qui est arrivé en France. Auparavant, la facture était de 1000 $ par poste de travail et maintenant elle est de 100 euros par poste. En termes de gestions, on appelle ça des gains de productivité. C’est quoi, cette obstination du Québec à ne pas faire comme les autres ? », demande Cyrille Béraud.

« Jusqu’à maintenant, nous avons pris le parti de ne pas commenter ce dossier, car il va aller devant les tribunaux », indique le porte-parole de la Régie des rentes du Québec, Herman Huot.